JOUR 10

MEILLEURE VIE

est-ce la quête d'un jour lointain où l'on aura réussi qui rend le plus débile, ou bien celle d'un jour plus proche où les autres échoueront ? n'est-ce pas le ciel qui brûlera le premier, et ses représentants, les archanges, qui feront une descente sur la terre pour tuer tous les hommes ? notre impuissance à vivre ensemble n'est-elle pas la preuve de notre échec, la preuve qu'il n'y a plus rien à sauver ? notre facilité à imaginer la chute de l'humanité avant la chute du capitalisme n'est-elle pas une réponse suffisante à des millénaires d'évolution qui nous ont mené, envers et contre tout, au one world trade center ?

non.

c'est ma réponse à toutes les questions qui remettent en cause les grandes finances. pour moi les climatosceptiques ne courent pas vers le mur et les riches investisseurs cotés par forbes ne seront la cause directe d'aucune catastrophe. les présomptions de mort du monde que l'on énumère en vain, dans les articles de presse qui appellent au retour à la terre, les suicides sans nombre des petits hommes de main, le front décolonial, le front écologique ; rien ne saurait mettre à mal tous les principes fondateurs de mon existence de riche. car les pauvres, et c'est bien connu, le sont parce qu'ils l'ont décidé.

je ne suis qu'un produit de plus de l'anthropocène, un dommage collatéral des excès de nos pères - car nos mères n'ont pas de place de valeur dans la société -. difficile de taxer d'inconscience un môme qui adore le monde, quand on lui a fait croire que le monde est beau, vaste, et qu'il lui appartient. car cette risible et navrante fiction qu'on appelle l'argent, pour moi, est une raison d'être. de vivre, à plus forte raison ; car là où les autres se contentent d'exister, je vis. et je vis ma meilleure vie.