JOUR 15

La première fois que j’ai tué une poule, j’étais tout agité. J’ai attendu minuit qu’elles s’endorment toutes, puis je suis entré d’un pas feutré dans le poulailler. Elles dormaient les unes contre les autres et l’une d’entre-elles paraissaient même ronfler. Pour une fois, la rue était calme. J’allais enfin pouvoir agir. J’ai attrapé la plus fragile de toutes et je lui ai rompu le cou, ou plutôt j’ai essayé de lui rompre le cou. Elle s’est alors mise à pousser d’horribles cris tant et si bien qu’il a fallu que je recommence une deuxième fois, puis une troisième fois, et j’en étais toujours au même point lorsqu’elle s’est mise à pousser des cris encore plus forts qu’avant et à réveiller toutes ses congénères, qui évidemment se sont mises à piailler dans les aigus elles aussi. Finalement, à la cinquième tentative, je suis parvenu à la tuer en lui tordant le cou sèchement et j’ai eu l’impression de rompre un vulgaire bout de bois tout sec. Il y avait moins de sang que je ne le pensais. Après cette timide tentative que j’avais tout de même réussi à pousser jusqu’au bout de sa logique, je me suis mis à aimer ça. Les tentatives suivantes se sont soldées par de grandes réussites en matière d’élimination volatile. J’avais en effet pris de l’assurance, et j’avais même appris à les endormir si elles venaient à se réveiller, peut-être parce que j’avais fait trop de bruit en entrant ou bien parce que, dans une tentative désespérée de tordre le cou à l’une d’entre-elles, j’avais manqué de fermeté dans mon geste - et alors une première se réveillait, puis une deuxième, et il fallait donc agir vite pour ne pas que ce jeu de domino ne prenne trop vite, c’est à dire qu’il fallait que je les endorme, comme je vous le disais. Et comment ? Tout simplement en leur mettant la tête dans le cul. Une technique imparable. Alors, lorsqu’elles étaient toutes à nouveau endormies, il me suffisait de reprendre ma sale besogne jusqu’à ce que je sorte de ce poulailler avec un peu de sang sur les mains et la garantie de recommencer le lendemain.