JOUR 17

VOUS ME CONNAISSEZ

vous me connaissez,
nous nous sommes assis aux mêmes tables.
ensemble nous avons mangé, et bu, et nous sommes allés au parc. nous avons parlé, beaucoup, ri, longtemps, nous nous sommes regardés nous ébattre tendrement.
j'étais avec vous dans cette chambre, j'étais avec vous dans ce lit.
mais vous ne vous souvenez pas. à vrai dire vous ne m'avez pas vu.
c'est que je peux prendre les formes les plus abouties de l'invisible omniscience.

vous me connaissez, soyez-en certains. dans la lumière de tous les matins qui se sont levés sur nos peaux, nous nous sommes reconnus. nous nous sommes devinés. et nous avons compris que nous sommes destinés.

vous me connaissez, je suis ici pour ca. n'allez pas vous demander ce que je fais là. là je le suis par nature, comme la mousse sur la pierre, le limon sur le rocher, parce que c'est possible, parce que je le veux. c'est ma fonction. c'est mon état. en état de grâce on ne peut qu'aimer, aimer, et je vous aime.

si je vous aime, m'aimez-vous ? cela n'a aucune espèce d'importance. je vous infecte. je vous infecte tous. si vous me connaissez, me reconnaissez-vous ? je suis plus proche de la persistance, de l'image rétinienne d'un cauchemar.

me reconnaissez-vous ? une nanoexistence, un être stérile et contemplateur, dont l'œil palpite sous les longs pics. un être qui sait bien que les derniers battements d'aile d'une chauve-sourirs, quelque part dans le monde, résonneront mille ans.