JOUR 20

UN ROCHER

Nous avons parlé des bibliothèques qui brûlent. Et bien figurez-vous que même les rats, peut-être les cafards ne survivrons pas plus, bien que l'on fonde espoir dans la résistance des tardigrades ; car supposément on pourrait encoder dans leurs organismes la totalité des articles Wikipédia. Il se trouve que les tardigrades sont eux aussi menacés de mort par l'horloge biologique du monde : le froid intersidéral de l'espace les plongerait dans une profonde léthargie, dont aucune forme d'agitation organique ne saurait résurger.

Le soleil approche de ses heures froides, les nappes phréatiques de leur assèchement, et les créatures vivantes d'une famine spectaculaire qui retranchera chacun dans sa détresse et ses instincts séculaires. Nos derniers actes seront primaires, peut-être pour un os ou une pierre ; ils traduiront le plus grand dénuement. Une douleur réticulaire creusera son trou et empêchera les moissons. Les riches tenteront de fuir sur Mars ou sur la lune. Les pauvres s'entretueront. La Terre se rabougrira en une ruine froide et puis mourra.

Jusqu'à la prochaine civilisation, tout le processus de la vie refusera son cycle, et se rejettera lui-même, enfin au courant des souffrances ouroborosiennes qu'induit le fait d'être au monde. Finalement consciente d'être inutile, la religion et ses dérivés se ruera vers une dernière thérapie auprès de grands maîtres oubliés - une montagne, une falaise. Pour les plus sages un rocher.