JOUR 25



PÂQUES LE FOU

« Je suis Pâques, le bouffon qui saigne quand les autres rient, l'arlequin comestible aux entrailles sucre d'orge. Je suis l'hurluberlu qui cache tous les œufs comme on cache sa peine, l'idiot qui cherche en vain à empêcher que la nuit tombe sur le jour de sa fête.

Avant j'étais une cloche. Maintenant je suis un lapin. Ils m'appellent la mascotte, de celles qui se trémoussent sur une devanture. Mon costume ridicule me va comme un gant ; il est si serré que lorsque je me coupe mon sang gicle à haute pression pour arroser les fleurs.

Tapi dans le terrier, dans le silence du seuil, je vois les pas des morveux, leurs gros doigts saucisses qui s'emparent de toutes les choses ; je vois leur fièvre, leur bave aux lèvres. Ils me dégoûtent.

Ils découvrent effarés que le jardin est sans œufs, sans lapin et sans chocolats. Le jardin est une supercherie inculte, inculte comme leurs parents, inculte comme le champ sur laquelle il ne pleut pas, ces friches où le soleil se lève et redescend quand tombe le mois d'avril.

Les lapins ne pondent pas d'œufs, qu'ils me disent, alors moi je leur dis merde. Ah je te vois venir, ah ça y est tu es grand, tu te crois très malin de ne pas croire en moi ? L'évidence, le bon sens, tout ça vous le gardez, vous êtes gentils, je n'ai pas le temps. Je suis Pâques, je suis très occupé. Et pour ceux qui s'obstinent à me traiter de pervers polymorphe, continuez. C'est très bien. »