JOUR 43

Ovaires ! Ô désespoir ! gonades ennemies,
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie
Et ne suis-je rougie chaque mois sans erreur
Que pour vivre un beau jour mon destin accoucheur ?
Vagins qu’avec dégoût l’éducation bannit
Vagins qui tant de fois ont souffert dans les cris
Tant de fois négligés ils baignent dans leur haine
Trahis ! l’humanité les prive de leurs Reines !
Ô cruel souvenir de mes règles passées,
Oeuvre de tant de jours de sang et de cachets !
Une semaine encor, fatale à mon bonheur
Cuvette et draps souillés du sang de ma douleur !
Faut-il de cet éclat voir triompher l’ovaire,
Et vivre dans la honte ? ou jouir toutes fières ?
Vagin, soit de ta Reine à présent la couronne
Ma souffrance n’admet qu'Histoire s’en tamponne !
Et pour ton dur labeur, dans cet éclat doré,
Il faut que tu brilles, en toute dignité !
Ovaires, devenez inutile instrument,
De nos corps tout de glace, inutile ornement,
« Mère », mot tant à craindre, fatalité immense
Nous est étiqueté depuis notre naissance,
Qu’il quitte désormais le dernier des vagins,
En toute dignité, j’y plongerai mes mains.