JOUR 46



je n’aime pas les étrangers je n’aime pas la peinture je n’aime pas les junkies je n'aime pas la politesse je n’aime pas les sourires je n'aime pas les illéttrés je n’aime pas les filles je n’aime pas l’armée je n’aime pas les comptines je n’aime pas les vélos je n’aime pas les ouvertures faciles je n’aime pas les consignes de cuisson
PUTAIN

je suis paumé moi
je me suis défendu j’ai bataillé longtemps
j’ai CRIÉ et j’ai GUEULÉ quelque chose qui s’est fracassé sur un mur et tout s’est éboulé sur mon crâne et je me suis évanoui

en quelque sorte je suis mort
j’y suis passé j’y pouvais rien à tout ce foutoir tout ce bordel qui tremble et qui s’ébranle comme un énorme serpent dans mes os
qui roule des anneaux et siffle et d’un coup
tout sans dessus dessous
genre vrac animal
laissant la vieille mue crépir au soleil comme une rature sans nom

le monde est répugnant le monde est ocellé de taches noires comme la nuit bleues comme le vide lourdes comme le ciel qui s’effondre sur des épaules qui ont rien demandé, les pauvres seront toujours plus pauvres, les petits toujours plus petits, la peinture qui s’écaille ne se résorbera pas, les murs qui lézardent ne se colmateront pas, les malades vont mourir et les cafards vivre et celle vieille lèpre qui ronge mettra encore des tripes à l’air

j’ai la RAGE
une rage sans nom
sans papa, sans maman, sans alibi, sans frère, sans repères, sans boussole, une rage en friche, bien dure, les dents longues, sans chemin droit et sans façons qui me ratiboise l’intérieur des pensées et qui y met chaque jour un peu plus d’apesanteur

coups de marteaux intérieurs, melting pot de génocides, magma d’idées de meurtre qui m’ondulent au fond du crâne
un crâne en acier trempé
BORDEL de MERDE